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  • vribera33

L'orthographe du français, code tortueux et tortionnaire

Tout d'abord, une précision : l'orthographe n'est qu'un outil au service de la langue. Ce n'est pas la langue elle-même !

Mais est-ce un bon outil ? Pas sûr, lorsqu'on voit les difficultés à le maîtriser... Ainsi, les sons, dans notre langue, ont une fâcheuse tendance à s'écrire de trop de façons différentes. C'est même un sport national ! Ce qui rend la tâche de sa maîtrise encore plus ardue. Or, ce sport, nous ne l'avons pas voulu.

Il faut le savoir (et ne pas pleurer...), d'autres langues ont une orthographe parfaitement phonétique (un son = une lettre). C'est donc plus facile de l'écrire. Même si vous êtes face à un mot nouveau, inconnu, vous saurez l'orthographier. Les Turcs (entre autres) sont des veinards !

Alors devons-nous nous prosterner devant l'orthographe de la langue française ? Eh bien non, et ce, pour plusieurs raisons :

D'une part, ces règles si difficiles à appréhender sont souvent issues d'erreurs commises lors de l'établissement de la langue écrite. En effet, l'orthographe a été fixée par l'Académie française à partir du XVIIe siècle seulement. Mais au départ, point de grammairiens, de linguistes, dans cet établissement. L'orthographe compliquée sera plus tard une marque d'élitisme voulue par la bourgeoisie du XIXe siècle. C'est à cette époque le principal critère d'accès à certains métiers. Ainsi donc, on nous "vend" une sacro-sainte orthographe dont les bases sont plus que sableuses...

D'autre part, aujourd'hui, on se base sur l'étymologie latine ou grecque pour refuser certaines modifications de l'orthographe. Mais il n'y a pas que cet héritage à prendre en compte, car d'autres langues nous ont aussi offert certains de nos mots. Mais le grec ou le latin, c'est plus classe ! Et attention, nouveau coup de tonnerre : l'étymologie antique n'est pas toujours respectée... Aucune logique, donc !


Aujourd'hui, on n'enseigne pas aux élèves le "pourquoi" mais le "comment". On craint que la simplification de l'orthographe ne soit le signe d'un affaiblissement, une perte du sens de l'effort. Mais cet affaiblissement est déjà là, les enquêtes PISA (Programme International de Suivi des Acquis des élèves) de l'OCDE le prouvent année après année. Le niveau baisse, et pas seulement en orthographe, entraînant une perte de sens, car les Français sont de moins en moins capables d'entrer dans la subtilité : les temps de conjugaison se lissent, avec un présent employé systématiquement pour des faits passés, le vocabulaire s'appauvrit et la pensée se simplifie à l'extrême.

Alors que si on simplifiait l'orthographe, on pourrait se concentrer sur l'histoire de la langue, sa construction, pratiquer davantage, découvrir la (les) littérature(s) de façon intelligente. On pourrait lire, écrire, échanger, se comprendre.

Mais non, on se contente de fustiger ceux qui ne maîtrisent pas la langue, leur limitant l'accès à certains métiers ou l'évolution de leur carrière. On leur laisse croire qu'il n'en est rien, mais il existe une véritable hypocrisie dans ce pays, qui laisse dire qu'il n'est pas indispensable d'écrire correctement, tout en maintenant un caractère d'élitisme...

Alors cessons de croire que l'orthographe ne compte pas, mais soyons conscients qu'elle n'est pas une fin en soi. Elle n'est que le prétexte pour asseoir une domination.


Nota : je ne peux que vous conse

iller d'aller visionner cette conférence TEDx menée de main de maître par deux professeurs belges, sur "la faute de l'orthographe" : https://www.youtube.com/watch?v=5YO7Vg1ByA8


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